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Mercredi 23 avril 2008


CE FILM SERA PROJETE LE MARDI 29 AVRIL A 18H30
DERNIERE PROJECTION DEBAT DU CYCLE
CINEMA ABSTRAIT : PARADOXES & PLASTICITES





Ciné-poème 84

Five (Plan 1)
de Abbas Kiarostami

Le lai gris de la mer - à cheval sur le bord extérieur de sa bande humide, un bout de bois flotté. Epave que le ressac finit par reprendre. Pourri, ce bois, à se fendre. En deux morceaux. L’un dérivant loin de l’autre. Jusqu’à disparaître. Pour quelques vagues plus tard reparaître. Il roule et tangue à distance, dans l’attente, comme le reste, du prochain changement, du tour nouveau que prendra le perpétuel façonnage.

La mer, de vagues changeantes indéfiniment modelée, est un élément plastique - mais qui adhère au rivage, aussi bien qu’à ses fonds, son ciel, ses algues, poissons et barques, comme par une matière visqueuse. Plasticité et viscosité qui sont des qualités sous lesquelles se manifeste l’informe. Que l’artifice du cadre fixe, tant qu’il dure, change en une forme ; entre autres, celles, heureuses, de la nature morte ou de l’agitation du bocal.

Ciné-poème 83

Five (Plan 5)
de Abbas Kiarostami

Lune dans l’eau. - La lune s’est jetée dans l’eau glacé ou bien, surgie de l’obscurité noire, affleure-t-elle ? Pleine, elle se mire ou fleurit ? Insomniaque (la nuit pour le jour) ou somnambule (le jour pour la nuit) ? Faite de larmes ou de la première goutte de l’orage qui gronde ? Prélude à tout autre lumière, trou du cul sur la terre comme au ciel ou trace visuelle du cri des bêtes alentour ? Ou voile de la barque de Nosferatu sur la mer anuitée, avec ses cercueils et ses rats ?

Lune dans l’eau. - Il y a l’entêtement de la nature à tenir les choses emboîtées les unes dans les autres, non seulement rassemblées, et à ouvrir ce puzzle à tous les sens possibles. Une interprétation infinie. Et il y la peu naturelle géométrie du cadre fixe qui en peaufine l’architecture, en parfait l’emboîtement, en polit la signification. Autrement dit, y met un point final. Et glisse sur son orbite la lune d’eau dans le cadre aimable pour sa clôture.

Ciné-poème 82

Five (Plan 3)
de Abbas Kiarostami

Un cadre fixe - où bat la mer. Perpétuelle, silencieusement préhumaine, toute mémoire éteinte en des vagues inchangées, leur course n’allant parfois au-delà d’une laisse grise que pour quelque raz-de-marée dont l’exception ruineuse confirme la retenue de la règle.

L’abstrait trait de pinceau de la mer, abstraction sans évasion, entrecoupé de trois quatre grumeaux d’encre noire, comme une métaphysique maladresse, bavures où peu à peu se devine une bande de chiens errants qui dort sur le sable, crépuscule du matin.

L’une des bêtes se redresse, tourne en rond, puis se déplace lentement de droite à gauche, quelques mètres à peine, et se recouche pour un égal sommeil ; et chacune, l’une après l’autre, fait de même, qui recompose le petit tumulus charbonneux, crépuscule du soir.

Ce qui change dans ce qui ne change pas. Ce qui se refait de s’être défait dans ce qui est fait. L’impermanent dans le permanent et l’autre dans le même. Une histoire à ne pas conter. Dédiée à Ozu qui, comme ici Kiarostami, la rendit désirable de l’isoler dans un haiku.



(Lire l'intégralité des CINE-POEME de Jacques Sicard, sur le site des Cahiers du Cinéma, ICI )



par cinefils publié dans : Films
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