"Le Mépris" de J-L G: Le mardi 5 février à 18h30

Publié le par cinefils


Aujourd'hui (mardi 5 février 2008), Cinéfils ElHamra inaugure ce mois de février consacré à Jean-Luc Godard par la projection du film "Le Mépris" à 18h30.
année: 1963
genre: drame sentimental
durée: 1h50

Synopsis:

Le scénariste parisien Paul Javal et son épouse Camille rejoignent le réalisateur Fritz Lang en tournage pour le compte du producteur de cinéma américain Jeremy Prokosch, sur le plateau du film Ulysse en chantier à la villa Malaparte à Capri en Italie.
Il est proposé à Paul Javal de reprendre et de terminer le scénario du film. Camille n'est pas très heureuse de ce long voyage de travail impromptu, loin de chez elle, parmi des inconnus. Durant le séjour, Paul Javal laisse le riche et séduisant producteur seul avec Camille, alors qu'elle, intimidée, insiste pour demeurer auprès de Paul. À tort, Camille s'imagine que son mari la pousse dans le lit du producteur pour obtenir le travail de réécriture du scénario. De là naissent des malentendus, le mépris, et leur couple vole en éclats.





Avec : Brigitte Bardot (Camille Javal) Michel Piccoli (Paul Javal), Jack Palance (Jérémie Prokosch) Fritz Lang (lui-même, réalisateur de l'Odyssée, Giorgia Moll (Francesca Vanini), Jean-Luc Godard (assistant de Lang).

 

Le scénario du film raconté par Godard :
" Camille Javal est une jeune femme d'environ 27-28 ans, française, fixée à Rome depuis son mariage, il y a quelques années, avec Paul Javal. Camille est très belle, elle ressemble un peu à l'Eve du tableau de Piero della Francesca (douteux : à ma connaissance Piero n'a jamais peint Eve !) , ses cheveux sont bruns (lorsqu'elle porte une perruque uniquement). Paul Javal est un écrivain d'environ 35 ans qui a travaillé quelques fois pour le cinéma mais le travail de replâtrage de L'Odyssée est le premier travail vraiment important qu'on lui confie. Ce film est tourné à Cinecitta par Fritz Lang. Celui-ci pose sur le monde un regard lucide qui sera la conscience du film, le trait d'union moral qui relie l'odyssée d'Ulysse à celle de Camille et Paul. Cette Odyssée est bouleversée par Jérémie Prokosch, producteur de films. Il ressemble un peu, au moral, au producteur de La Comtesse aux pieds nus, en moins maladif, en plus coléreux et plus sarcastique. Comme beaucoup de producteurs, il aime humilier et offenser ses employés ou amis et se comportera avec eux, avec son entourage, en toute circonstance, comme un petit empereur romain notamment avec Francesca, sa secrétaire de publicité, qui lui sert autant de secrétaire que d'esclave.


Camille monte dans la voiture de Jérémie Prokosch et le drame se noue dans un regard entre elle et son mari. Ils comprennent tous les deux la pensée qui a traversé l'esprit de Camille : son mari l'a utilisée pour séduire le producteur. Les tentatives maladroites de Paul pour chasser cette pensée fugitive condensent la méprise en mépris.

 
Dans la seconde partie du film, l'équipe se retrouve à Capri pour le tournage. Là encore, un geste anodin de Paul, une claque sur les fesses de Francesca entraîne le drame. Camille aperçoit ce geste et Paul s'en aperçoit. Il imagine que Camille s'imagine quelque chose, et tente de la persuader qu'il n'y a rien, ce qui est vrai, et que Camille sait, puisqu'elle les regardait elle aussi sans intention précise, qu'elle contemplait sans arrière pensée. Mais Paul insiste tellement qu'il finit par exaspérer Camille qui va s'enfuir avec Jérémie Prokosch. Leur voiture s'encastre sous un camion.
"

 

 

Pour Alain Bergala, Le mépris est à la fois le spectacle le plus somptueux et un film rigoureusement expérimental. Godard utilise les moyens du cinéma -comme d'autres du microscope électronique ou du bistouri au laser- pour voir quelque chose qui échapperait sans cela à notre échelle de perception ordinaire : comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments. Godard se sert du cinéma non pour nous expliquer, comme dans le cinéma des scénaristes, mais pour comprendre en nous donnant à voir. Expérimentateur, il agrandit ce dixième de seconde et ce petit espace entre un homme et une femme à l'échelle du cinémascope et d'un film d'une heure et demie, comme Homère l'avait fait avant lui à l'échelle d'une décennie et de la Méditerranée.

Le Mépris s'ouvre sur une phrase d'André Bazin : "le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs (cette phrase attribuée par Godard à André Bazin, est en fait, sous une forme légèrement différente "le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs" de la plume de Michel Mourlet dans son article Sur un art ignoré publié dans le n° 98 des Cahiers du cinéma)

(la suite est sur cette adresse: http://www.cineclubdecaen.com/realisat/godard/mepris.htm)

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