Cinémas d'Extrême-Orient au Cinéfils El Hamra : Excellents moments de cinéma (compte-rendu du journal Le Temps)

Publié le par cinefils



Article publié dans l'édition du vendredi 30 novembre du journal Le Temps, dans les pages culturelles, à consulter ici.



Cinémas d'Extrême-Orient au Cinéfils El Hamra :

 

Excellents moments de cinéma



//  Samedi,  à l'espace El Hamra a été donnée la soirée Histoire et histoires dans le cinéma asiatique des années 2000. Le club Cinéfils a proposé trois films importants dans  l'histoire contemporaine  du cinéma asiatique. Cette modalité s'inscrit dans le cadre de la programmation de soirées événements une fois par mois  à chaque fois autour d'un thème ou d'un continent. Une façon de faire découvrir et redécouvrir le cinéma mondial autre que les super productions hollywoodiennes et égyptiennes.

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La soirée était dédiée donc au cinéma asiatique avec trois longs métrages : Dolls de Takeshi Kitano, 2046 de Wong Kar-Wai et The President's last bang de Im Sang-Soo. Plus de cinq heures de cinéma " exotique "  puisque rien dans ces œuvres ne ressemble au cinéma français ni au cinéma italien même si les réalisateurs en sont parfois influencés. 

Le premier film projeté est " Dolls " de Kitano, un drame  japonais  qui dépeint trois histoires autour de l'amour. Très imprégné des spectacles de théâtre japonais, le drame est incroyablement  poétique malgré la simplicité de l'intrigue. Un premier couple forcé à se séparer sous la pression de leurs familles, un deuxième séparé par le monde du crime après que le pauvre yakuza s'y est introduit ; un troisième  couple formé par une  star défigurée qui a perdu sa gloire et un fan amoureux. La beauté des images est imparable. Les erreurs, le regret, le désespoir et l'amour perdu sont dessinés d'une façon  très esthétique. L'errance puis le doux goût du souvenir des instants passés s'enchaînent et les personnages qui ne retrouveront jamais l'amour perdu vivent la souffrance que le temps leur a infligé. En somme, l'amour au centre de ces histoires parallèles est victime de l'erreur  humaine qui semble oublier l'importance de ce sentiment.

L'esthétique à la Wong-Kar Wai est tout aussi exceptionnelle et son style complexe est plus impressionnant que jamais dans 2046, le deuxième film projeté au Cinéfiles El Hamra. Un écrivain incarné par le charismatique Tony Leung écrit un roman de science fiction intitulé 2046 en s'inspirant de ses aventures amoureuses avec quatre femmes. Le tournage de ce film a duré une éternité et l'on devine la raison. Pas une seule séquence du film n'est porteuse d'une énigme. Passion, adieux, regrets, passé, souvenirs, tout s'entremêle entre fiction, présent et passé. L'écrivain Chow ravive  ses souvenirs et ses impressions et les projette sur les personnages du roman, des êtres androgynes à émotion différée.  La beauté des images, la poésie de l'instant, le monde tantôt rétro, tantôt futuriste, les décors particuliers  ont donné au film une dimension à la fois romantique, sensuelle et surnaturelle. Les couples sont peints dans leur sensualité, leur rapport charnel passionné d'une façon langoureuse et sublime. .  La beauté des images ne se manifeste  pas dans les paysages ou les plans en extérieur mais dans un simple face à face ou un murmure, au pas d'une porte  filmé avec langueur.  Les longs moments de silence fréquents dans le film laissent  l'image en première ligne, opérer son charme discret.   Les dialogues sont presque des  murmures et même quand il s'agit de cris,  ils sont cachés par le son des opéras chinois présents tout au long du film.  La musique définitivement belle et appropriée,  a magnifié le tout et rendu la poésie des images encore plus soyeuse. On peut se demander si " 2046 " est la suite du célèbre  " In the mood for love ",  le même goût des énigmes et des complexités, le même  acharnement à filmer les regards coupables et mystérieux, la même étincelle amoureuse et passion érotique.  Dans " 2046 " il y a plus d'enchevêtrements de genres, de sentiments et de concepts qui font de lui une œuvre à part où il n'y a rien des redondances et prévisibilité des suites de film.

Le troisième film Sud coréen, est de Im Sang-Soon intitulé " The President's last bang " est   à connotation politique  donc totalement différent des deux autres mais que nous n'avons pas vu, parce que trois films à la suite est un marathon assez dur à réaliser même pour les cinéphiles invétérés.

Au Cinéfils El Hamra, il y aura encore du cinéma asiatique tout au long du mois de Décembre avec un programme intitulé " Cinéma d'Extrême- Orient, vagues nouvelles " avec des projections notamment de " S21 : la machine de mort Khmère rouge " le troublant documentaire de Rithy Pahn. Un cinéma particulier à découvrir.

 


Hager ALMI




Publié dans Presse

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ismael 09/12/2007 10:44

Il y a des films comme çà, qui gagnent largement à être vus sur grand écran...

D&D Merci pour tes nombreux commentaires auxquels nous ne répondons pas systématiquement mais que nous lisons avec interêt.

D&D 05/12/2007 11:34

Ah la la... Je donnerai cher pour revoir 2046 en salle au plus tôt... J'espère que vous avez été nombreux à bien en profiter ! :-)