DOLLS de Takeshi KITANO / 2046 de Wong KAR-WAY / THE PRESIDENT'S LAST BANG de Im SANG-SOO

Publié le par cinefils




Ces trois films seront projetés ce samedi 24 novembre entre 14h et 22h dans le cadre de 3 films et un débat, placé sous le thème histoireS & Histoire dans le cinéma asiatique des années 2000.




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A l'origine de Dolls, il y a la volonté de rendre hommage par des récits plus ou moins personnels à l'univers de Monzaemon Chikamatsu (1653-1724), un auteur de l'époque Edo. Ses tragédies du quotidien, aux dilemmes sans issue, ont influencé le théâtre japonais moderne. Kitano y songea afin d'élaborer trois histoires, trois destins de couples qui, par amour, se laissent broyer par des mécanismes qui les dépassent. De fait, il qualifie ses personnages de poupées humaines. La référence, qui ouvre le film, au théâtre de bunraku, un art ancestral de marionnettes, ne s'est cependant précisée que dans un second temps. Kitano semble avoir décidé de cette orientation après que Yohji Yamamoto, styliste de renommée mondiale, lui eut présenté des costumes hors normes et non naturalistes. Ceci pour affirmer la plasticité et l'ouverture d'un esprit, d'un artiste qui ne s'effraie pas devant l'évidence du monde et l'inépuisable source qu'il représente.

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Maîtrise du temps stupéfiante, car mépris absolu du réalisme ordinaire, aucun des retours en arrière dont le film se nourrit n’étant annoncé par l’un des artifices en usage, mais donné comme un présent de narration. Façon de jeter un certain trouble dans l’esprit du spectateur qui se demande à quel moment il est de la vie des protagonistes, mais façon aussi de dire que c’est toute leur vie, tout leur environnement social qui a modelé leur présent destin... Miracle ? Illusion ? Réalité ? Qu’importe. On est au cinéma. On est dans une superbe et douloureuse fiction. Kitano le sait, et il fait tout pour que son spectateur en soit persuadé.

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D'emblée situé dans un univers de conte, le film ne cesse de s'autoriser une licence poétique et plastique de plus en plus large. Authentique héritier des grands faiseurs de mélodrames hollywoodiens de l'après-guerre, Kitano (après Fassbinder) sait à son tour, mais par ses moyens esthétiques propres, trouver le point de fuite où l'artifice extrême touche à la vérité. Dans ce film, les massacres sont hors champ, l'état de délire extrême se résume à une petite bille de papier qu'un souffle soulève, et perd...

Tel aplat rouge, telle inscription d'un corps humain dans un paysage, tel visage figé comme celui d'un acteur Nô et habité des angoisses les plus abyssales, font songer à l'immense florilège qu'avait réuni Akira Kurosawa dans ses films les plus audacieux dans le domaine plastique, de Dodes'Kaden à Dreams.

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Oeuvre nostalgique et stylisée, travaillée en creux par le temps, 2046 s'inscrit dans la continuité esthétique et thématique de In the Mood for Love, son film jumeau. Le dernier métrage de Wong Kar Wai prend naissance dans un espace flou, à la fois futuriste et rétro, où les souvenirs se heurtent aux regrets. Le réalisateur sonde cet espace mental, traversé de zones d'ombres, de rêves, d'espoirs déçus. En somme, il explore l'imaginaire et la mémoire de son héros, un écrivain de science-fiction qui, autrefois, aima follement une femme.
2046 s'ouvre sur une séquence numérique, étonnante dans l'univers du cinéaste : un train mystérieux emmène des voyageurs, en quête de leurs souvenirs perdus, en 2046, espace-temps dont personne ne revient. A part le héros qui entreprend un intime travail de remémoration. Différentes femmes, croisées au hasard d'une existence solitaire, habitent l'espace de ses souvenirs. Ces brèves histoires d'amour, intenses et désabusées, sont relatées tour à tour, formant des blocs narratifs sédimentaires, des strates mnésiques qui se croisent et s'entrechoquent. Les très belles héroïnes de Wong Kar Wai (Zang Ziyi, Gong Li, Faye Wong) incarnent divers pôles de la féminité. Passionnées, cérébrales ou romantiques , leur présence rend encore plus criante l'absence de l'idéal féminin, enfoui et perdu à jamais dans les tréfonds du passé et les méandres douloureux du souvenir. 2046 est un film sur la solitude et l'absence, thèmes qui traversent, comme une nébuleuse, l'œuvre du cinéaste.

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Nous avons tous besoin d’un endroit où stocker, voire cacher, souvenirs, pensées, impulsions, espoirs et rêves. Ce sont des aspects de nos vies que nous ne pouvons résoudre ou plutôt sur lesquels nous ne pouvons agir, mais en même temps nous redoutons de nous en délester.
Pour certains cet endroit est un lieu réel, pour d’autres un espace mental, pour un plus petit nombre ce n’est ni l’un ni l’autre.
L’histoire de 2046 m’est venue à l’esprit au moment ou nous travaillions sur In the Mood for Love, mais 2046 n’est pas une suite, bien que certains personnages se ressemblent
En réalité, les personnages de 2046 doivent expérimenter et affronter des sentiments et des problèmes plus profonds et plus sincères, ce qui nécessitait une approche différente pour les construire. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai regardé autour de moi, et observé des gens de mon entourage aller de rencontres en ruptures, et d’autres incapables de saisir l’amour ou de le reconquérir. Cela m’a inspiré.
« Je réfléchissait à ce que « aimer » ou « être aimé » signifiait réellement, et
2046 me vint à l’esprit. 2046 parle d’un homme qui tente de laisser son passé derrière lui, d’enterrer les souvenirs dont il ne peut se défaire, mais ce qu’il porte en lui est presque trop lourd pour qu’il puisse aller de l’avant, dépasser ce qu’il a fait, ce qu’il a vu. Nous nous défaisons tous de souvenirs, consciemment ou non, afin de repartir de zéro. Certains le font peut-être une seule fois, d’autre constamment. Mon film porte sur un homme rejeté par la femme qu’il aimait. Par la suite, il refuse l’amour d’une autre femme, et laisse ainsi passer sa chance de prendre un nouveau départ. Il commence alors inconsciemment, et pour différentes raisons, à gâcher chaque nouvelle chance de trouver l’amour. Cela peut paraître banal mais, comme on le voit dans 2046, il ne faut rencontrer l’amour ni trop tôt, ni trop tard.

Wong Kar Way sur le site officiel français du film


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Il y a dans President's last bang l’envie de mettre en scène l’Histoire, de la soumettre littéralement aux règles d’un genre, le thriller politique, dont on sait à quel point il est aujourd’hui inexistant en France. Ainsi le cinéaste filme-t-il toute la dernière soirée du Président, avant son assassinat par son confident, responsable de la CIA coréenne, à la manière d’une implacable mécanique, ramenant par cet usage contrôlé de figures imposées (préparation et montée en tension qui rappellent le sublime Mishima de Paul Schrader) à une confiance absolue dans la force pleine et entière du cinéma et dans les choix qu’il nécessite. La réalisation joue d’une précision, d’une souplesse et d’une musicalité exceptionnelles, unité de temps et de lieu et pénétration dans un espace intime en forme de métaphore du pouvoir. Précision documentaire et farce se donnent la main, description virtuoses des réseaux d’amitiés ou flottement coloré (femmes, alcool, euphorie tranquille de la puissance) de la pourriture d’Etat au travail. Chef-d'oeuvre.

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Dans un paysage cinématographique coréen très politique, dominé depuis cinquante ans par des thématiques liées à la guerre et aux conséquences de la scission du pays, The President's Last Bang a fait l'effet d'une petite bombe. Réalisé par Im Sang-soo, l'auteur d'Une femme coréenne, cette farce noire reconstituant l'assassinat jamais élucidé, en 1979, du dictateur Park Chung-hee a fait scandale en son pays. L'ancien chef d'Etat, un général formé dans une académie militaire japonaise pendant l'occupation, y est dépeint comme alcoolique, sexuellement débauché, et, c'est là semble-t-il le plus grand sacrilège, nippophile. Si la fille du défunt, chef de l'actuelle opposition de centre droit, a échoué dans sa tentative d'obtenir l'interdiction de diffuser le film, sa démarche et l'intensité de la polémique qui a accompagné la sortie révèlent à quel point, quand le passé d'un pays est mal digéré, la liberté d'expression reste chose éminemment fragile.

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Le Monde


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The President's Last Bang a fait l'effet d'une bombe lors de sa sortie coréenne. Un mois durant, le réalisateur Im Sang-Soo fut placé sous protection rapprochée. Un tremblement de terre. Un film étonnamment drôle aussi, fort d'un sens de la dérision particulièrement piquant et toujours inattendu. La seconde moitié du film est un vrai délice. Un film magnifiquement réalisé, simplement beau - c'est déjà énorme - avec une mise en scène entièrement dévouée au plaisir du spectateur, proche de Kar Wai et Tarantino à la fois. C'est dire toute la créativité haute en élégance du cinéaste Im Sang-Soo. Lyrisme, sensations vertigineuses, cadence jubilatoire, jeu sur les recadrages, les travellings, tantôt voluptueux, tantôt pressé, toujours stimulants, couleurs, abîme et suspens : tout est là, pour nous offrir un thriller politique, à contempler et à croquer.
Im Sang-Soo joue d'accélérations, suspensions et effets de surprise pour coaliser son discours. Notre de gang de héros n'est pas moins captivant. De quoi perpétuellement apostropher le spectateur, le placer en conditions d'effervescence, de l'engouement sous tension au rire, en passant par une étonnante stimulation visuelle et auditive. Plaisirs de cinéphiles et grand public garantis. Exquis !

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The President's Last Bang se révèle de bout en bout un film passionnant, haletant, et la reconstitution éloignée de tout académisme. A quoi tient cette réussite ? Bien sûr à sa mise en scène et au parti pris d'Im Sang-soo d'éviter d'imposer un sens définitif aux choses, de prétendre tout expliquer d'un épisode de l'histoire coréenne encore aujourd'hui obscur à plus d'un titre. Ainsi, les motivations des personnages nous resteront sinon opaques, en tout cas toujours ambiguës, multiples.
Im Sang-soo possède un réel talent pour, en quelques plans, donner vie, dessiner les contours nets d'un personnage (il y en a beaucoup dans The President's..., et même les secondaires sont saisissants, tel le domestique du président), sans jamais lui ôter sa part de mystère.

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Les Inrockuptibles




Publié dans Films

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